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La vue d'ensemble

  • Faire l’amour ou la vaisselle ?

    « Cupidon le petit dieu joufflu de l’amour, envoie ses flèches où bon lui semble. Certaines, parfois atteignent le cœur de personnages remarquables et provoquent des histoires pleines de passions et de drames qui font les grands romans et les films en cinémascope. Mais la plupart viennent toucher le cœur des gens ordinaires et sont à l’origine de mille et mille histoires toutes belles, mais toutes simples, telles que l’histoire de Georges et Josette. » Gilles Bachelet adore détourner les mots et les personnages. Souvenez-vous de son Chat le plus bête du monde (un gros éléphant benêt) ou encore de ce Champignon au drôle de chapeau qui se prenait pour Bonaparte, sans oublier l’hilarant Chevalier de Ventre-à-Terre qui partait au combat à la vitesse de l’escargot ou encore sa plus belle héroïne, Madame le Lapin blanc, personnage négligé par Lewis Caroll et réhabilité haut la patte par Sieur Bachelet ! Cette fois, l’auteur-illustrateur bat tous les records de l’humour décalé en nous faisons littéralement vibrer pour une histoire d’amour entre… deux gants Mappa ! Il fallait oser. Une histoire qui lui va comme un gant ? C’est peu de le dire. Car le récit fonctionne à plein, un gant mâle et jaune en pince pour une gente et rose femelle à la jolie plastique, championne de natation synchronisée. Un regard, et c’est le coup de foudre ! Ils se rencontrent évidement à la piscine (l’évier de la cuisine), pique-niquent à la campagne (le balcon aux géraniums) et partent en voyage de noce sur un bibelot du salon en forme de gondole vénitienne. Artificiel ? Pas du tout. Ces deux-là s’aiment ferme et sous nos yeux ébahis, c’est une vie entière qui se déroule, avec ses joies, ses peines et la nostalgie du temps qui passe : Georges joue la romance, passoire-guitare en main, offre à Josette un fox-terrier (une mini brosse !) ; ensemble, ils auront des tas de bébés, mais casseront aussi un peu la vaisselle et pas seulement en la faisant… On se poile à observer la foultitude de détails de leur home sweet home faite de bric et de broc récupérés comme dans une maison de poupée. Des meubles en boîte à sardines, une télé taille-crayon, un tabouret en dé à coudre et les photos de famille truffées de clins d’œil comme le doudou Pomelo de la benjamine ! Avec ces personnages de caoutchouc, Gilles Bachelet réussit à faire passer les grandes émotions de la vie à deux. N’a-t-on pas la larme à l’œil en découvrant Josette, grand-mère, entourée d’une tripotée de petits mouflets ?

  • Freiner dans l'air

    Le week-end dernier, j'ai expérimenté un stage de pilotage d'avion à Nantes. Je n'avais encore jamais fait et je ne savais pas trop à quoi m'attendre, mais je n'ai aucun regret : les sensations aux commandes d'un biplace sont particulièrement agréables ! On est tellement habitués à voler sur des Boeing qu'on pourrait penser que le vent n'existe pas en altitude. Mais c'est loin d'être le cas, et dans un petit avion, on peut difficilement oublier sa présence ! À mon sens, ce décalage qu'il y a entre gros et petits appareils peut très bien s'appliquer au macrocosme du travail. Quand on évolue au sein d'une grande société, on a en effet généralement tendance à se déconnecter de certains détails. Observez comme Altice n'arrive plus à remonter la pente depuis l'entrée en jeu de Free. Un million et demi de clients ont déjà abandonné SFR, et ça continue. Patrick Drahi a beau tenter de colmater la brèche, il arrive trop tard : la hausse des tarifs a fait des dégâts considérables dans l'esprit des clients. La façon dont cette hausse a été mise en place est tout simplement lamentable : les clients ont quand même été inscrits obligatoirement à des options payantes. Drahi prend donc ses rêves pour des réalités s'il pense pouvoir stabiliser SFR : je crois que pas mal de clients sont actuellement en train de changer d'opérateur. Lors d'une intervention à Barcelone, Drahi a rappelé qu'ils devaient mieux prendre en considération « les détails ». Une prise de conscience tardive, certes, mais qui indique bien comme les grosses entreprises oublient facilement ces « détails » (qui sont loin d'en être, au passage). Les éminences grises qui ont tenu à imposer à leurs clients des chaînes payantes dont ils ne voulaient sont complètement aveugles aux attentes de leur clientèle. Idem pour les banques qui condamnent à souscrire à tout un tas de services pour obtenir le moindre prêt, et qui se plaignent ensuite parce que leurs clients préfèrent les banques en ligne. Mais bah, ces entreprises permettent, par leur aveuglement, à d'autres d'émerger et de venir les remplacer. Sinon, si vous n'avez jamais fait, vous devriez vraiment tester le pilotage d'avion : c'est assez fabuleux et on en ressort avec des étoiles plein les yeux. Voilà le site où j'ai trouvé mon vol, si ça vous intéresse : il donne une bonne idée de ce qu'était mon stage. Plus d'information sur cette activité de pilotage avion à Nantes en surfant sur le site de l'organisateur.

  • L’argent ne fait pas le bonheur

    « L’argent ne fait pas le bonheur » ; cet adage sous-tend la motivation générale de tout un courant de l’analyse économique « comportementale » (behavioral en anglais) qui s’écarte légèrement de la méthode commune en économie, soit parce qu’elle remet en cause les hypothèses fondamentales sur lesquelles repose l’axiomatique de la discipline soit parce qu’elle choisit parfois d’étudier directement les jugements de satisfaction au lieu de s’en tenir à l’observation des choix en actes, réputés plus fiables. Sceptique à l’égard de l’axiome fondamental de l’analyse économique, à savoir le fait que les individus opèrent des choix cohérents entre eux et de nature à maximiser un objectif de bien être, ce courant de l’analyse économique va parfois jusqu’à douter de la lucidité des agents, et de l’objectif qu’on leur prête. Tout en demeurant dans le giron de l’analyse « néo-classique », « orthodoxe » qui conserve l’individu comme élément ultime d’observation et d’analyse, les économistes de ce courant sont largement ouverts aux intuitions venues d’autres sciences sociales et humaines : imitation, effets de pairs, comparaisons, adaptation, impatience, etc. Dans ces conditions, on comprend que l’une des premières questions soulevées par ces économistes « comportementalistes » porte sur l’utilité réellement procurée par la consommation et son instrument : le revenu. La modélisation des choix du consommateur cherchant à maximiser son bien-être constitue en effet la pierre angulaire de la théorie économique de base (à côté de la modélisation des choix du producteur). Au-delà de ces aspects méthodologiques, l’analyse du lien entre revenu et croissance est lourde d’enjeux pratiques : travailler plus pour gagner plus, certes, mais à condition que cela rende les gens plus heureux et qu’ils aient fait ce choix de manière lucide. Sinon, à quoi bon ?