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La vue d'ensemble - Page 2

  • La mémoire des handicappés tués par les nazis

    L'institut allemand Max Planck va entamer en juin l'identification de milliers de restes de handicapés et malades exterminés sous le IIIe Reich, ultime étape dans l'inventaire de cet épisode infamant pour la médecine et la science allemandes. "Peut-on reconstruire l'identité de ces victimes? (...) Dans quelle mesure les échantillons ont-ils été utilisés pour la recherche", pendant la guerre mais aussi "jusque dans les années 1990 ?" s'interroge l'institut dans un communiqué. Cette tâche colossale, qui ravive nombre de questions embarrassantes sur la science allemande, vise à établir en trois ans la première base de données des victimes du programme dit "T4", entamé début 1940 et cyniquement baptisé "programme d'euthanasie" par ses concepteurs nazis. Ce recensement "intègrera des données biographiques basiques concernant les victimes, leur traitement institutionnel et les critères utilisés pour les sélectionner", explique la société Max Planck, qui chapeaute plusieurs instituts spécialisés. "La cause de leur mort sera aussi documentée, de même que les données sur le prélèvement de leur cerveau, le chemin qu'ont suivi les échantillons et les recherches menées sur eux", poursuit cet institut basé à Munich (sud), qui alloue 1,5 million d'euros à ce projet. Entre janvier 1940 et août 1941, plus de 70.000 personnes ont été gazées dans six lieux dédiés prévus par le programme "T4", conçu par une soixantaine de bureaucrates et de médecins pour éliminer les handicapés mentaux ou physiques considérés comme une charge pour la société. Face aux protestations publiques, le programme a officiellement été arrêté mais les meurtres ont continué sous d'autres formes - privations de nourriture, négligence, injections de doses létales d'antidouleurs par de prétendus soignants. On évalue à plus de 300.000 personnes le nombre de victimes totales de ces massacres, jusqu'à la fin de la Deuxième guerre mondiale en 1945. D'autres ont également subi des expériences médicales et des stérilisations forcées en raison de leur infériorité génétique supposée. Mais les sanctions judiciaires ont été rares et la plupart des professionnels impliqués ont simplement poursuivi leur carrière après guerre. La Société Kaiser-Wilhelm (KWI), prestigieux institut scientifique qui utilisait les tissus biologiques des victimes pour ses recherches, est de son côté devenue en 1948 la Société Max Planck. Après des décennies d'oubli, le scandale a resurgi dans les années 1980, avec la démonstration par le journaliste Götz Aly qu'une partie des tissus cérébraux collectés par Julius Hallervorden, ancien médecin chef de la KWI puis de l'Institut Max Planck, appartenait à 38 enfants exterminés en 1940 dans le cadre du programme d'euthanasie. Pour des raisons éthiques, la société Max Planck décide en 1989 d'enterrer tous les restes biologiques appartenant à des victimes du nazisme et charge pour la première fois un groupe d'historiens, en 1997, de faire la lumière sur le rôle de la Société Kaiser-Wilhelm sous le IIIe Reich. "La forme la plus honnête d'excuse consiste à révéler la culpabilité", déclarait en 2001 le président de l'Institut, Hubert Markl, en demandant pardon aux victimes des expérimentations nazies. Mais en 2015, une archiviste découvre une boîte contenant une centaine d'échantillons de cerveaux, issus de la collection personnelle de Julius Hallervoden. Lançant un audit, la Société Max Planck découvre que ses consignes de 1989 ont été inégalement appliquées et s'attache alors à collecter tous les restes provenant de victimes du nazisme. Cette enquête tardive fait écho au travail de mémoire, lui aussi tardif, mené par l'Allemagne sur le "programme d'euthanasie": les familles des victimes, mobilisées depuis des décennies, ont dû attendre 2014 pour voir ériger à Berlin un mémorial dédié à ces hommes, femmes et enfants massacrés en secret.

  • Saut de l'ange

    Le week-end dernier, j'ai réalisé une exepérience peu ordinaire : j'ai en effet réalité un saut en parachute à Cannes ! Bien sûr, vous vous attendez sans doute à ce que je vous relate la chose avec force détails, mais comme je suis d'une nature très enquiquinante, je m'abstiendrai car je n'en vois pas l'utilité. D'une part, il y a déjà pas mal d'internautes qui ont déjà tout dit sur le sujet, et d'autre part, ce qui m'a le plus étonné est en fait advenu après l'expérience. Cette expérience m'a en effet donné envie d'approfondir un peu cette question de gravité terrestre. Et je dois dire que cette dernière est assez insolite, en fin de compte ! C'est une force qui est de tous les instants dans notre vie : nous y sommes exposés 24 heures sur 24, et ce depuis notre naissance. C'est elle qui nous fixe au sol. C'est elle qui a contribué à l'apparition de notre planète et de la lune. Bref, c'est une force qui, pour pas mal de gens, est prodigieusement forte. Les savants la considèrent même comme le liant de l'univers. Nonobstant, c'est aussi une force absurdement faible à l'aune des autres. Un exemple très simple permet de comprendre ce rapport de force : un simple aimant parvient à soulever une boîte de fer, et donc, à dépasser la gravité d'une planète ! Un infime aimant peut donc surpasser la gravité d'un monde de 5,972E24 kg ! C'est que, dans le fond, la force électromagnétique est nettement plus forte que la gravité. Un sextillion plus grande ! Il existe quatre forces aptes à expliquer tous les événements distingués dans l'univers, et la gravité, qui en fait partie, est en fait la plus faible de toutes. Et je ne sais pas pour vous, mais ça change sacrément le regard qu'on peut porter sur notre univers. Quoi qu'il en soit, voici le site où j'ai trouvé mon saut en parachute, si vous aimez les expériences aériennes... Mais attention, tout de même : âmes sensibles s'abstenir ! Ce n'est pas de tout repos (surtout le moment où il faut se jeter dans le vide).

  • Peugeot 504, l’austère qui se marre

    Elue voiture de l’année 2017 le 7 mars, le 3008 succède au palmarès à quatre autres Peugeot. La première à décrocher ce trophée fut la 504 en 1969 (suivirent la 405, la 307 puis l’actuelle 308), un modèle qui aura durablement marqué l’histoire du constructeur mais laissé, aussi, une trace durable partout où il s’est aventuré. La 504, qui apparaît en 1968, s’inscrit dans une lignée de berlines familiales rassurantes et un tantinet conservatrices. La voie fut ouverte après-guerre par la 203 à laquelle succédèrent la 403 dans les années 1950, et la 404 dans les années 1960. La 504 n’a pas beaucoup d’atomes crochus avec ce qui est révolutionnaire. Parce que c’est une Peugeot mais aussi parce que la longue grève de l’usine de Sochaux, au printemps 1968, a perturbé sa mise en production et contraint de repousser son lancement après l’été. La 504 se présente comme une 404 embourgeoisée. Techniquement, elle reprend sa structure, en particulier la propulsion aux roues arrière, ainsi que ses moteurs, et ne s’en distingue véritablement que par ses quatre roues indépendantes. Alors qu’elle aurait pu s’appeler 405 (la dénomination viendra plus tard), cette berline cossue inaugure la série des 5 chez Peugeot pour signifier qu’elle entend prendre du galon et du statut. Alors que la 404 – qui poursuivra sa carrière (en berline) jusqu’en 1975 – est anguleuse et tente d’affiner sa silhouette, celle qui lui succède cherche à en imposer. Carrée, comme l’exigent les canons de la beauté de la fin des années 1960, sa silhouette apparaît massive. De prime abord, cette grosse berline ne respire pas la fantaisie, mais ce conformisme est de façade. Dessinée sous la houlette de Pininfarina, comme c’est la tradition chez Peugeot depuis la 403 de 1955, la 504 adopte une étonnante ligne brisée qui casse le profil du coffre et lui confère une allure assez atypique. Autre pas de côté, le dessin trapézoïdal des phares, choix là encore peu conventionnel, qui va durablement s’inscrire dans le code esthétique des modèles Peugeot. Cette voiture est, aussi, pétrie de qualités. Confortable, agréable à conduire et disposant d’une très bonne tenue de route, elle tient la dragée haute à sa grande rivale, la Renault 16, certes plus moderne et innovante, élue voiture de l’année 1966. La sochalienne décrochera, elle aussi, la timbale en 1969, laissant loin derrière elle la BMW 2500 et l’Alfa Romeo 1750. Modèle sans souci et sans histoires, la 504 sera restylée mais a minima et bénéficiera d’améliorations mécaniques qui l’amèneront notamment à accueillir sous son vaste capot le V6 PRV, fruit de la coopération entre Peugeot, Renault et Volvo. Dès 1969, la chenille se transforme en papillon avec l’arrivée des superbes coupé et cabriolet 504 ciselés par Pininfarina. Mais cela, c’est une autre histoire… Tout aussi naturellement, la gamme s’élargira avec un énorme break familial pourvu d’un empattement rallongé de 31 centimètres et pour lequel un essieu rigide à l’arrière fera l’affaire. Sérieuse mais capable de se dérider en adoptant de gros moteurs ou en se transformant en décapotable extravertie, la 504 va mener non sans succès une carrière tranquille de voiture bourgeoise jusqu’en 1983. Le pick-up 504 ne s’est pas seulement illustré sur les pistes africaines mais aussi sur les routes de la France profonde. Loin du « Vieux Continent », elle va vivre une deuxième vie et laisser libre cours à une vocation de bourlingueuse. Robuste et fiable (il est vrai qu’elle n’est, techniquement, pas trop sophistiquée), elle va devenir la reine des pistes poussiéreuses. Grâce à la 504, Peugeot devient partie intégrante du paysage africain et des routes défoncées d’Amérique latine. Surtout dans ses versions pick-up, qui feront d’increvables taxis-brousse et 4 x 4 transformés par Dangel. Fabriquée (ou, plutôt, assemblée) jusqu’en Argentine, en Egypte, en Iran et en Australie, la 504 sera produite au Nigeria jusqu’en 2005. Au total, si l’on additionne l’ensemble des variantes, 3,7 millions d’unités seront sorties de diverses usines sur plusieurs continents en trente-cinq ans. La dernière fois que l’on entendit parler de ce modèle, ce fut en mars 2011 lorsque le président iranien Ahmadinejad vendit aux enchères sa vénérable 504 blanche. Un modèle de 1977, avec lequel il avait mené une campagne électorale victorieuse en 2005. La relique fut adjugée 2,5 millions de dollars au profit de l’Organisation iranienne d’aide sociale.